Quinze jours sans nouvelles : ce qui se passe quand le jeune n'est pas dans vos murs

Entre deux périodes en centre, personne n'a mandat pour appeler l'apprenti. Ni le CFA, ni l'entreprise. Ce n'est pas un vide juridique. C'est un vide d'accompagnement, et c'est là que les contrats cassent.

Un calendrier d'alternance : deux semaines en centre, deux semaines en entreprise, la seconde période laissée vide
Un calendrier d'alternance : deux semaines en centre, deux semaines en entreprise, la seconde période laissée vide

Un apprenti passe la majorité de son temps en entreprise. Deux semaines, parfois un mois d’affilée. Pendant ce temps, le CFA ne le voit pas. L’entreprise le voit, mais comme un salarié, pas comme un jeune en formation. Quand quelque chose se passe mal, le CFA l’apprend au retour. Souvent trop tard.

Les chiffres sont publics

La Dares a publié en octobre 2024 une étude sur les causes des ruptures de contrats d’apprentissage.

  • 36 % des apprentis entrés en 2018 dans une formation de CAP à bac+2 ont rompu au moins un contrat avant la fin de la deuxième année.
  • 65 % de ceux qui rompent citent un problème avec l’employeur ou le poste.
  • 43 % de ruptures dans les entreprises de moins de cinq salariés, contre 19 % au-delà de 250.

Autrement dit : la rupture se décide en entreprise, dans les petites structures, sur des sujets de conditions de travail. Exactement là où le CFA n’est pas.

Ce n’est pas un reproche

Je ne dis pas que les formateurs ne suivent pas leurs jeunes. Ils le font, avec les moyens du bord : un appel quand ils ont un doute, une visite par an quand le planning le permet. Le code du travail leur demande d’assurer la cohérence entre la formation en centre et en entreprise et d’organiser au moins une réunion annuelle avec les maîtres d’apprentissage. Ils le font.

Le problème est structurel. Personne n’a la charge du jeune pendant l’intervalle. Le formateur référent a vingt-cinq apprentis en face de lui et cent autres en entreprise. Le maître d’apprentissage a un atelier à faire tourner. Le chef d’établissement d’un lycée avec une UFA a un lycée.

La question à poser

Elle n’est pas « qui a failli ».

Quelle garantie a le chef d’établissement que chaque jeune parti en entreprise lundi a été contacté avant vendredi, et qu’on sait lesquels n’ont pas répondu ?

Aujourd’hui, la réponse honnête est presque toujours : aucune. Pas par négligence. Par absence d’outil et de mandat.

À quoi ressemble une garantie

  • Un contact court, programmé, pendant chaque période en entreprise. Deux questions, pas vingt.
  • Une trace datée de qui a répondu et de qui ne l’a pas fait.
  • Une alerte quand un jeune se tait deux fois de suite.
  • Un canal, sur son téléphone, pour dire que ça se passe mal sans attendre le retour au centre.

Ce n’est pas de la pédagogie. Ce n’est pas de l’administratif. C’est de la présence. Le décret Qualiopi du 1er août 2026 demande d’ailleurs une procédure de traitement sans délai des ruptures. Sans délai suppose qu’on ait su à temps.

La moitié des ruptures se jouent avant le troisième mois. Le prochain article traite de cette fenêtre.

Sources : Dares Analyses n° 63, 31 octobre 2024 ; code du travail, art. L6231-2 ; décret n° 2026-728 du 1er août 2026.

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