Avant le troisième mois, la moitié de la casse est faite

Les courbes de rupture sont connues depuis des années. Le problème n'est pas de les lire. C'est d'agir dans la fenêtre où elles se forment.

Courbe du cumul des ruptures de contrats d'apprentissage de M1 à M24, avec la zone M1 à M3 mise en évidence
Courbe du cumul des ruptures de contrats d'apprentissage de M1 à M24, avec la zone M1 à M3 mise en évidence

Les données de la Dares sur le cumul des ruptures donnent une courbe simple.

Mois du contrat Contrats rompus (cumul)
M1 2,1 %
M3 7,8 %
M6 14,9 %
M9 21 %
M12 24,3 %
M24 28,4 %

Sur l’ensemble des contrats qui casseront, plus d’un sur quatre a cassé avant la fin du troisième mois, et les trois quarts avant le neuvième.

La période probatoire n’explique pas tout

Les quarante-cinq premiers jours de formation pratique en entreprise permettent à chacune des parties de rompre librement (article L6222-18). Beaucoup de CFA en concluent que les ruptures précoces sont des erreurs de casting : mauvais métier, mauvaise entreprise, on recommence.

C’est vrai pour une partie. Mais la Dares montre que 65 % des ruptures tiennent à l’employeur ou au poste. Un jeune qui arrive dans une entreprise de quatre salariés, avec un tuteur débordé, des horaires qu’on ne lui avait pas décrits, et personne à qui le dire, ne quitte pas un métier. Il quitte une situation. Et il le fait dans les premières semaines, parce que c’est le moment où c’est le plus facile.

Ce que les CFA font déjà

Un entretien d’accueil. Une visite en entreprise dans l’année. Une réunion annuelle avec les maîtres d’apprentissage. Un livret d’apprentissage remis au jeune. Tout cela existe et compte. Mais le calendrier est décalé : la première visite arrive souvent après le troisième mois, quand la décision de partir est déjà prise.

Ce qui marche, mesuré

Le Céreq a évalué (Bref n° 301, 2012) une expérimentation menée par trois missions locales de Côte-d’Or, sur 1 102 apprentis.

À caractéristiques sociales, scolaires et d’entreprise équivalentes, le risque de rupture est divisé par trois quand le jeune reçoit une lettre d’information à l’entrée, et par quatre quand un tuteur lui est affecté dès le départ.

Ce ne sont pas des dispositifs lourds. Ce sont des gestes précoces.

Un parcours de quatre-vingt-dix jours

  • Semaine 1 en entreprise : un questionnaire d’entrée. Comment ça se passe, qui est ton tuteur, quels horaires.
  • Premier mois : un contact court chaque semaine en entreprise.
  • Mois 2 et 3 : un contact toutes les deux semaines.
  • À tout moment : une alerte automatique quand le jeune ne répond pas deux fois, et un appel du référent dans les quarante-huit heures.

Rien de tout cela ne demande un poste supplémentaire. Cela demande que le calendrier des contacts existe, qu’il soit tenu pour sept cents jeunes en même temps, et que ce qui a été fait soit daté. C’est précisément ce qu’un outil fait mieux qu’un tableur.

Le coût d’une rupture au deuxième mois, pour le CFA, se calcule au jour près depuis juillet 2025. Un article y est consacré.

Sources : Dares, ruptures des contrats d’apprentissage (cumul mensuel) ; Dares Analyses n° 63, octobre 2024 ; Céreq, Sécuriser les parcours des apprentis ; code du travail, art. L6222-18.

Regardons votre CFA.

30 minutes, avec vos effectifs et vos règles d’assiduité. Réponse sous 24 h ouvrées.